mardi 29 décembre 2015

Hollande : de déchéance en déchéance

    Le Pen en avait rêvé, Sarkozy l'avait promise, eh bien Hollande l'a fait ! En décidant d'inscrire la déchéance de la nationalité pour les binationaux nés en France coupables d'actes de terrorisme dans la Constitution, comme il s'y était engagé lors de la réunion du congrès à Versailles, Hollande fait, en cette fin d'année, un calcul bassement politicien.

    Cette mesure, marquée à droite, a toujours été dénoncée par la gauche comme une violation du droit du sol et du principe d'égalité. Elle crée des Français de seconde catégorie, ceux nés en France mais qui ont une seconde nationalité de par leurs origines, qui auraient à « mériter » d'être Français, quand les Français « de souche » n'ont eu qu'à se donner le mal de naître ici. Elle jette la suspicion vis-à-vis des immigrés en entretenant l'amalgame entre eux et les terroristes.

    Tout le monde en convient : la déchéance de la nationalité ne dissuadera aucun terroriste. Elle est, sur le plan sécuritaire, complètement inefficace. Et Hollande lui-même le dit, c'est un « symbole ».

    Ce serait, d'après Hollande « le symbole de l'unité nationale » puisqu'un gouvernement dit de gauche reprendrait à son compte une mesure de droite. Hollande donne un coup de pied de l'âne à Sarkozy, qui avait brandi la déchéance de la nationalité en 2010 sans jamais la mettre en place, mais il parle « d'unité nationale » ! C'est tout l'art de politiciens tels que Hollande que de transformer une mesure et une manœuvre politicienne en vertu politique.



    Hollande cherche à se poser en père de la nation, en chef de l'Etat, au-dessus des partis et loin des querelles partisanes. Pour couper l'herbe sous les pieds de la droite et de l'extrême droite, il exploite au maximum la peur du terrorisme et le filon sécuritaire. Lui qui demandait, il y a peu, d'être jugé sur ses résultats en matière de chômage, a trouvé un fonds de commerce électoral jugé plus rentable pour 2017.

    Cette déchéance de la nationalité contrarie plusieurs ministres et fâcherait quelques dirigeants socialistes. Attention, des vagues seraient attendues au PS ! Mais il suffit de voir comment Christiane Taubira s'accroche à son fauteuil de ministre alors qu'elle n'a jamais caché son hostilité à une telle mesure pour comprendre que ces vagues risquent vite de se perdre dans les sables des ambitions personnelles.

    C'est pour la population et pour toute la société que les conséquences d'une telle politique sont graves. Car il s'agit de toute une évolution.

    Comme le font remarquer certains notables du PS, le quinquennat a commencé par la promesse du droit de vote aux étrangers aux élections locales pour terminer sur la déchéance de la nationalité. Autrement dit, le gouvernement tire toute la vie politique à droite.

    Et tant pis si cela alimente la suspicion et la peur de l'étranger ! Tant pis si cela conforte les amalgames et les racistes ! Tant pis si ces concessions à la droite et à l'extrême droite renforcent ceux qui n'attendent qu'une occasion pour s'en prendre physiquement à des immigrés, comme cela s'est produit à Ajaccio ces derniers jours, avec des manifestations xénophobes insupportables !

    En accentuant les mesures sécuritaires, en lançant un débat sur la nationalité dans un contexte de repli sur soi et de montée des idées racistes et nationalistes, le gouvernement met de l'huile sur le feu.

    En son temps, Sarkozy avait fait la même chose en lançant un débat sur l'identité nationale mais, à la différence de Hollande, il avait fini par rétropédaler face à la zizanie qu'un tel débat créait dans les rangs de la droite.

    Aujourd'hui c'est le gouvernement socialiste qui joue les pyromanes. Et cela n'empêchera ni Hollande ni Valls de nous expliquer, la main sur le coeur, qu'ils sont résolus à combattre le racisme et la xénophobie.

    Ces propos ne valent pas mieux que les promesses qu'il a faites sur le chômage, le pouvoir d'achat et les impôts. Le gouvernement attaque le monde du travail aussi bien sur le plan matériel que sur le plan des valeurs politiques.

    Alors ce que nous espérons pour 2016, c'est que les travailleurs ne se laissent pas entraîner dans cette déchéance morale. C'est qu'ils retrouvent le chemin des luttes, ensemble, Français et immigrés.

    C'est qu'ils retrouvent la conscience de leur intérêt commun, celui d'avoir à combattre les licencieurs, celui d'avoir à affronter la rapacité patronale pour inverser le cours des choses et faire en sorte que le rapport de force redevienne favorable au monde du travail.

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